• Prendre des décisions c'est pas mon fort.

    Je pèse, je compare, j'attends, j'évalue, j'hésite, j'avance, je recule, comment veux-tu comment veux-tu que l'on m'encule

    Je diffère et je délègue tant que je peux, et les deux décisions que j'ai pris ces dernières années se résument à celle-là et me couper la frange.

    Aussi quand on m'a demandé d'accompagner ma fille au Carnaval de sa crèche, la torture mentale a été à son comble.

    ... Ca fait chier quand même.

    ... Oui mais ça lui ferait plaisir.

    ... Oui mais elle est malade.

    ... Oui mais il suffit de bien la couvrir.

    ... Oui mais j'ai du travail.

    ... Oui mais c'est l'affaire d'une heure.

    ... Oui mais ça fait chier quand même.

    ... Oui mais ça lui ferait plaisir.

    ... Oui mais elle est malade.

    Etc... (je t'épargne la suite, vu que ça a duré à peu près 2 jours)

    Puis j'ai cédé.

    Le thème c'était Robin des bois pour les garçons, Fée Clochette pour les filles, et le dress code c'était vert.

    J'avais décidé de jouer le jeu, et de mettre une culotte kaki. Ma fille, elle, refusait tout ornement et seule la baguette magique a trouvé grâce à ses yeux, rapport au fait qu'avec c'était génial elle pouvait mettre des grosses mandales à sa mère en criant "Abacadada" et que la magie et le regard des autres parents opérant elle s'en prenait même pas une en retour.

    On a commencé à marcher, tous ensemble. Pendant que j'énumérais dans ma tête tout ce que j'aurais pu faire, à la place, je sentais sa joue chaude contre la mienne, et je voyais son regard étonné se poser sur les ballons de toutes les couleurs qui flottaient.

    A chaque coin de rue, des dizaines d'autres enfants déguisés nous rejoignaient.

    Puis ça a été au tour d'un groupe de percussions de se joindre au cortège, ça a commencé à être un sacré beau bordel, de loin je vous jure on aurait dit la gay pride.

    En avançant je sentais peu à peu le corps de ma fille qui se redressait et sortait de sa torpeur.

    Une heure après, je voyais sa miniscule silhouette, au loin, de dos, au milieu d'autres Fées Clochette. En m'approchant d'elle j'ai vu dans ses cheveux blonds des poignées de cotillons et sur tout son visage un grand sourire fiévreux.

    Et je me suis dit qu'à une frange près, ces derniers temps, niveau décisions j'avais quand même pas mal assuré.


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  • J'ai plein de petites choses à vous dire mais à peine le temps d'aller pisser, aussi, si tu n'y vois pas d'inconvénients, je vais procéder par "bullet points" (je crois que c'est comme ça qu'on dit en Entreprise quand on a un badge, qu'on fait des brainstorming et des propals). (Au passage, propal = "proposition commerciale", si on pouvait arrêter d'employer cette putain d'expression à tout bout de champ à la place de "proposition" il y aurait moins de guerre dans le monde).

    - Quand j'ai eu le bonheur de recevoir ce prix pour le blog, il y avait une petite présentation de Café de filles dans le Elle de la semaine suivante, où la journaliste disait que j'avais un design "0% narcissique". 

    - J'en ai conclu que c'était une délicate façon de dire qu'il était 100% merdique.

    - Et que j'étais assez d'accord avec elle, finalement.

    - Mais enfin je vous assure que la bannière, elle était super tendance en 1999.

    - J'ai donc décidé de prendre les choses en main, ou plutôt de choper celle tendue par mon frère, qui m'a gentiment proposé de dépoussiérer tout ça.

    - On est donc en train de vous préparer un relooking que Valérie Damidot à côté c'est pipi de chat.

    - Mais il y aura pas de violet, promis.

    - Peut-être un peu de taupe, par contre.

    - Sans transition (c'est l'intérêt des bullet points, en même temps), l'autre jour j'ai lu dans un livre que les couples qui ne se parlaient pas au resto, ce n'est pas parce qu'ils n'avaient plus rien à se dire, c'est parce qu'ils n'avaient plus assez d'intimité ou de confiance pour se dire ce qu'ils avaient envie de dire (j'aurais peut-être dû écrire en abrégé, finalement, tiens).

    - Je me suis dit qu'ici, c'était un peu pareil, et que quand je ne parlais pas, ce n'est pas que j'avais rien à dire, c'est que je me limitais dans ce que je racontais.

    - J'ai envie de te parler plus souvent, et plus librement.

    - Je commence donc dès maintenant en te postant une photo de ma fille, prise à l'été 2007 sur la plage de Cabourg, lors d'une promenade avec Poupy, notre labrador sable.

    ...

    - Mais non c'était juste pour te faire peur, d'abord ma fille à l'été 2007 elle était encore dans les couilles de son père je te rappelle.

    - Par contre je commence dès maintenant en te disant que le cadeau que je t'avais proposé de gagner , c'était pas du cadeau de tapette. Je suis allée voir la pièce en question au théâtre, Le week-end du 4, j'ai ri, j'ai pleuré, j'ai applaudi, très vite et très fort, avec les mains à plat et le sourire niais comme quand je fais quand je suis fort contente. Et j'ai un peu flaqué aussi, rapport aux 4 acteurs sur scène qui se contentaient pas d'être d'excellents comédiens si tu vois ce que je veux dire.

    - Ca m'a réconciliée avec le théâtre, et Dieu sait que c'était pas gagné, et j'ai pour projet d'aller voir la pièce Le meilleur amant que tu aies eu ?, dont on m'a dit le plus grand bien, et que je si t'y vas, peut-être qu'on se croisera, pour me reconnaître c'est facile je serai nue sous mon imper beige.

    - Voilà, je te parlerai pas tous les jours théâtre, hein, t'inquiète pas, ça sera plus varié, parfois plus court, mais surtout plus régulier.

    - Enfin, on va essayer quoi, on verra bien, et si ça nous va pas on continuera à se voir de temps en temps et à se parler que du plus important, comme des vieux potes qui vont à l'essentiel de peur d'être pris par le temps.

    - Si tu as des idées, sur la forme ou sur le fond, n'hésite pas, je suis ouverte à toute propal.


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  • D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours rêvé qu'on m'écrive des belles lettres d'amour. 

    Je me rappelle de trajets entiers, dans la voiture avec mes parents, à écouter du Francis Cabrel en fermant les yeux très forts et en imaginant que c'était à moi qu'il s'adressait. Malgré mon jeune âge et mon inexpérience totale des choses de la vie, je vous assure que j'en mouillais déjà ma petite culotte.

    C'est, à peu près à la même époque, à Mickaël V. que je dois ma première lettre d'amour.

    6 mots.

    "Je veux te baisé signé Mickaël".

    Ok, il n'accordait pas les verbes mais je vous rappelle pour sa défense qu'il s'appelait Mickaël. 

    Même si je ne percevais pas exactement le sens de ses mots, je sentais que là-dedans il y avait de l'amour, aussi m'empressai-je d'annoncer à mes parents, à table, que Mickaël V. voulait me baisé, qu'il n'était pas très beau mais que c'était gentil quand même. 

    Après avoir manqué d'avaler leur fourchette en espérant y trouver la mort et envisagé de me changer d'établissement scolaire, mes parents m'expliquèrent avec le plus grand calme que Mickaël avait sûrement l'intention de me baiser la main, voilà, c'est ça, c'est comme ça qu'on faisait au XVIIIème, on baisait la main des jolies femmes, il avait juste oublié "la main", il était galant mais étourdi, bon tu veux un dessert maintenant.

    Ca m'étonnait un peu du garçon connaissant ses méthodes, mais peu importe, de toute façon il m'intéressait pas, il sentait un peu le chien mort et il avait toujours des dépôts blancs sur les lèvres. Je lui fis donc dans un souci de courtoisie passer un petit papier sur lequel j'inscrivai : "C'est très gentil mais non merci".

    Dossier clos. Ou presque.

    Les mois ont filé, Mickaël est passé au plan B qui consistait à se tripoter la nouille en faisant profiter à ma petite famille au téléphone de son plaisir solitaire, puis ça a été au tour des années de filer, Francis m'a fait de moins en moins d'effet, et j'ai même reçu quelques jolies lettres, moins directes, plus étoffées, et plus conjuguées que celle de Mickaël.

    Aujourd'hui, ça commence à faire un petit moment que ça ne m'est pas arrivé, et de mon poète de mec actuel, la plus longue déclaration écrite reçue s'apparente à un "T où ma grosse ?" par texto.

    Alors forcément à ce stade, tu peux tergiverser, espérer, ou t'inquiéter.

    Et puis un jour, tu vas sur le marché avec lui et tu achètes de la tapenade. (si si, attends, tu vas voir il y a un rapport)

    Au moment où tu portes à ta bouche le morceau de pain que tu viens de tartiner, tu es comme transportée. Tes papilles frétillent, les mots et les images affluent sous l'effet des saveurs, et tu commences à penser à voix haute : tu es dans le midi, le soleil brûle ta peau, même marcher pieds nus sur la terrasse est insupportable, tu cherches l'ombre et la fraîcheur, tu penses à la sieste d'après et au rayon de soleil qui viendra te réveiller, ça a la goût de la paresse et des soirées d'été, ça a le goût de l'odeur du chlore et de la pelouse brûlée. 

    Devant son silence, tu crois l'avoir emmené dans les tréfonds de ton imagination alors tu lui demandes, pour qu'il embraye, ce que lui évoque cette exquise explosion de saveurs.

    Il te répond que ça a le goût d'olives, quoi. 

    Alors tu comprends que son problème c'est pas qu'il t'aime pas assez.

    C'est juste qu'il manque un peu d'imagination.


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  • Ca fait 22 ans aujourd'hui.

    Je me souviens de notre excitation à mon grand frère, ma petite soeur et moi, en rentrant à la maison.

    De mon "Alors, elle est où la nouvelle petite soeur ?" lancé sur le seuil de la porte.

    Du silence qui a suivi.

    Des volets fermés, de mon père assis sur le canapé, et de sa tête qui n'avait rien de celle d'un papa comblé.

    De sa voix quand il nous a dit de nous approcher, sur un ton que je ne lui connaissais pas, mais qui me soufflait qu'il fallait bien écouter.

    Moi je voulais juste savoir comment elle s'appelait, combien elle pesait et à qui elle ressemblait.

    Elle avait un bien joli prénom, mais elle était au ciel. Maman était très triste, et très fatiguée. Il faudrait être courageux, et sages comme des images.

    Après il y a eu du silence, une maman qui rentrait les mains vides, et quelques heures après ses larmes qui s'écrasaient sur mon Astrapi quand j'ai eu la délicate idée de lui demander de me lire le reportage sur la maternité.

    Il y a eu de la tendresse, de la gentillesse, et des maladresses. De grands qui disaient à Maman que finalement, c'était comme une fausse couche. Et de petits qui me disaient que ça va, je l'avais pas connue, alors elle pouvait pas me manquer.

    Ce qui me manquait, c'était des souvenirs avec elle et le sourire de mes parents.

    Les 21 mars qui ont suivis ont eu un goût de premier jour de Printemps fanné.

    Il faut dire qu'elle avait eu la drôle d'idée, pour son passage éclair, de choisir la date d'anniversaire de notre Maman.

    Pendant longtemps, on ne lui a pas souhaité.

    Puis peu à peu, la vie a repris ses droits, et une autre petite soeur a même accepté de rejoindre le clan.

    Maman a récupéré assez de courage pour qu'on lui souhaite son anniversaire, et assez de souffle pour éteindre ses bougies.

    Aujourd'hui, je l'ai appelée, elle avait du sourire dans la voix et elle m'a même dit en riant qu'elle avait déjà reçu 42 messages, dont 39 de Ventes Privées, Eurodif et Damart.

    Maintenant, le 21 mars, on lève notre coupe, on rigole, on chante faux, et on offre des cadeaux à notre Maman du Printemps. Les baisers et les regards sont juste un peu plus appuyés, et quand on trinque elle sait sans qu'on lui dise qu'on pense à elle avec un "s".

    Voilà, c'était l'histoire d'une vieille grande fleur et d'une étoile filante.


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  • L'autre soir, alors que j'entreprenais la lecture de mes 10 derniers tickets de caisse Franprix pour m'endormir, deux vérités se sont imposées à moi :

    1. Il faut vraiment que j'aille chercher un livre à la bibliothèque.

    2. J'ai quand même un petit problème avec la gestion des courses.

    Je veux dire, tout porte à croire que je fais un blocage sur certains produits que j'achète en grande quantité sans motif valable  ni apparent, et sur d'autres dont je procrastine systématiquement l'achat pour des raisons obscures.

    Tenez, par exemple, chaque fois que je fais des courses, c'est à dire environ deux fois par semaine, j'achète une bouteille de vinaigre balsamique et une boîte de tampons. 

    En revanche, je ne compte plus le nombre de fois où je me suis dit que la vie serait tellement plus douce avec du liquide vaisselle à disposition.

    Alors je m'interroge.

    Et le caissier de Franprix aussi, à n'en point douter.

    Peut-être cherche-t-il un lien de cause à effet entre vinaigre et tampon. Ou peut-être suis-je devenue l'objet de ses fantasmes. Peut-être, dans les bras de sa femme et pour se donner du coeur à l'ouvrage, nous imagine-t-il, moi et mes copines, dans des immenses soirées règles organisées à la maison, où on aurait même assez de tampons pour s'en mettre dans les narines.

    Ou peut-être même croit-il que j'ai de multiples vagins, ce qui expliquerait son infinie gentillesse et sa façon si délicate de m'aider à mettre en sacs ma réserve de protections périodiques.

    Bref, je m'égare.

    Chez moi j'ai toujours plein de tampons et de vinaigre balsamique, mais jamais de produit vaisselle.

    Pourtant j'ai arrêté de boire du vinaigre balsmaique en 1999, quand j'ai compris que c'était pas du Bordeaux pas cher, j'ai mes règles guère plus d'une fois par mois, et j'ai même les moyens de m'acheter du Paic.

    Pour les psys, la tendance à accumuler traduit la peur de manquer.

    C'est d'une logique implacable. Plus en tout cas que celle qui veut que si tu es dégoutée à l'idée de coucher avec un individu du même sexe que toi c'est qu'au fond t'en as très envie, et que par extention si tu es dégoutée à l'idée de bouffer un pigeon mort c'est qu'au fond tu ne rêves que de ça aussi.

    J'ai donc entrepris d'entamer une auto-analyse, "auto" parce que tu l'auras compris, mon budget hygiène et condiments ne laisse pas la place à beaucoup d'extras.

    Et j'en ai conclu que ma peur de manquer de tampons, ça remontait à l'époque où je vivais encore chez mes parents.

    A ce moment-là on était pourtant 4 filles fécondes à vivre sous le même toit, mais allez savoir pourquoi, les protections périodiques étaient une denrée rare et précieuse, qui justifiaient chaque mois, devant le tiroir vide, le recours à des stratagèmes variés : planquer les deux derniers tampons sous le matelas, garder le même pendant trois jours, utiliser un coton-tige (sur les 4, on était 3 à être fécondes mais vierges), tomber enceinte.

    Bref, aujourd'hui, avec mes 250 tampons alignés dans leur petite boîte jaune, je me sens à l'abri du manque, du chantage et des fuites. (et ce que je dis est tellement beau qu'on dirait un billet sponsorisé pour Vania).

    Quant au vinaigre balsamique et au liquide vaisselle, je suis en cours d'analyse.

    Pour l'instant je n'ai qu'une piste sérieuse.

    Il semblerait que je me sois fait violer dans l'enfance par du liquide vaisselle et qu'aucune bouteille de vinaigre ne soit jamais intervenue.

    Sale affaire.


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