1. Il faut vraiment que j'aille chercher un livre à la bibliothèque.
2. J'ai quand même un petit problème avec la gestion des courses.
Je veux dire, tout porte à croire que je fais un blocage sur certains produits que j'achète en grande quantité sans motif valable ni apparent, et sur d'autres dont je procrastine systématiquement l'achat pour des raisons obscures.
Tenez, par exemple, chaque fois que je fais des courses, c'est à dire environ deux fois par semaine, j'achète une bouteille de vinaigre balsamique et une boîte de tampons.
En revanche, je ne compte plus le nombre de fois où je me suis dit que la vie serait tellement plus douce avec du liquide vaisselle à disposition.
Alors je m'interroge.
Et le caissier de Franprix aussi, à n'en point douter.
Peut-être cherche-t-il un lien de cause à effet entre vinaigre et tampon. Ou peut-être suis-je devenue l'objet de ses fantasmes. Peut-être, dans les bras de sa femme et pour se donner du coeur à l'ouvrage, nous imagine-t-il, moi et mes copines, dans des immenses soirées règles organisées à la maison, où on aurait même assez de tampons pour s'en mettre dans les narines.
Ou peut-être même croit-il que j'ai de multiples vagins, ce qui expliquerait son infinie gentillesse et sa façon si délicate de m'aider à mettre en sacs ma réserve de protections périodiques.
Bref, je m'égare.
Chez moi j'ai toujours plein de tampons et de vinaigre balsamique, mais jamais de produit vaisselle.
Pourtant j'ai arrêté de boire du vinaigre balsmaique en 1999, quand j'ai compris que c'était pas du Bordeaux pas cher, j'ai mes règles guère plus d'une fois par mois, et j'ai même les moyens de m'acheter du Paic.
Pour les psys, la tendance à accumuler traduit la peur de manquer.
C'est d'une logique implacable. Plus en tout cas que celle qui veut que si tu es dégoutée à l'idée de coucher avec un individu du même sexe que toi c'est qu'au fond t'en as très envie, et que par extention si tu es dégoutée à l'idée de bouffer un pigeon mort c'est qu'au fond tu ne rêves que de ça aussi.
J'ai donc entrepris d'entamer une auto-analyse, "auto" parce que tu l'auras compris, mon budget hygiène et condiments ne laisse pas la place à beaucoup d'extras.
Et j'en ai conclu que ma peur de manquer de tampons, ça remontait à l'époque où je vivais encore chez mes parents.
A ce moment-là on était pourtant 4 filles fécondes à vivre sous le même toit, mais allez savoir pourquoi, les protections périodiques étaient une denrée rare et précieuse, qui justifiaient chaque mois, devant le tiroir vide, le recours à des stratagèmes variés : planquer les deux derniers tampons sous le matelas, garder le même pendant trois jours, utiliser un coton-tige (sur les 4, on était 3 à être fécondes mais vierges), tomber enceinte.
Bref, aujourd'hui, avec mes 250 tampons alignés dans leur petite boîte jaune, je me sens à l'abri du manque, du chantage et des fuites. (et ce que je dis est tellement beau qu'on dirait un billet sponsorisé pour Vania).
Quant au vinaigre balsamique et au liquide vaisselle, je suis en cours d'analyse.
Pour l'instant je n'ai qu'une piste sérieuse.
Il semblerait que je me sois fait violer dans l'enfance par du liquide vaisselle et qu'aucune bouteille de vinaigre ne soit jamais intervenue.
Sale affaire.