Niveau émissions de beauf, je suis incollable. J'ai dû être une française très moyenne dans une autre vie, avant d'être une journaliste-auteur-de-renommée-internationale et blogueuse sélectionnée pour le Concours Elle et qui a quand même vachement besoin de vos votes (et zouuu, ça c'est fait.) Je suppose que j'avais un prénom américain, un "zom" passionné de tuning qui m'avait fait connaître l'amour à 16 ans et en avait profité pour me faire 3 mômes dans la foulée, et que quand j'allais pas chez Jenyfer avec ma soeur qui habitait la maison d'à côté avec son zhom à elle, j'avais tout le loisir de coller les chiards chez Mémé et de regarder des merdes à la télé.
Alors autant vous dire que ces trois derniers mois, j'ai pas raté un épisode de Masterchef. Et pourtant, Dieu sait que niveau cuisine, je suis pas vraiment ce qu'on appelle un as. J'ai deux spécialités. Et donc beaucoup d'amis, afin d'éviter d'avoir à les inviter plus de deux fois.
En même temps, ça veut rien dire, je suis pas non plus passionnée de napperons en dentelle et de babioles qui pendent des rétroviseurs et ça ne m'interdit pas de regarder Confessions intimes.
En plus je vous ferais dire que MasterChef, ils sont à fond dans la solidarité et dans l'aide aux plus démunis. Même qu'il y a marqué en petit et discret en bas de l'écran, de temps en temps, que "les denrées non utilisées ont été gracieusement offertes au Secours Populaire". Et je sais pas vous mais moi, le fait de savoir que les petits pauvres ils vont avoir plein d'échalotes confites, de piment d'espelette, de cébettes et de cuisses de grenouille, bah ça me met en joie.Et ça me donne une raison de plus d'assumer le fait de regarder.
Mais niveau bonne raison, la première c'est que Masterchef, ça me permet de travailler ma créativité culinaire, et autant vous dire qu'elle en a bien besoin. (Ma créativité hein pas moi, c'est pas parce que je suis sélectionnée pour le concours Elle que je parle de moi à la troisième personne) (et re-zouuuu).
Faut dire que quand je regarde un truc ou que j'en lis un autre, je suis à fond. Je me souviens de mes années lycée, où je m'étais prise de passion pour la saga de Régine Desforges sur la seconde guerre mondiale, La bicyclette bleue, entre autre parce qu'il y avait des scènes de sexe que le devoir de mémoire, c'est important. A cette époque donc, je ne pouvais plus décrocher du bouquin et de la vie de son héroïne, Léa, engagée dans la résistance. Je lisais partout sauf dans ma douche, et y compris dans le bus. En en descendant, je regardais à gauche, à droite, discrètement, et je vérifiais que je n'étais pas suivie pour aller acheter mes cigarettes. Je donnais le mot de passe, "Marlboro", au monsieur du Tabac, et s'il me donnait un paquet j'en concluais qu'il était des nôtres et je lui adressais un clin d'oeil grave et complice. J'étais d'ailleurs heureuse et fière de constater qu'il y avait beaucoup de résistants parmi les tabagistes de Rouen.
Je vivais Léa, je tremblais Léa, je pensais Léa, je rêvais Léa, j'étais Léa. Et devant Masterchef, c'est pareil. C'est comme si j'étais propulsée de l'autre côté de mon téléviseur et que je pouvais tripoter tranquillement Romain participais en même temps que les participants aux épreuves, et en particulier à celle de la boîte mystère.
Le principe est simple : les candidats ouvrent une boîte et découvrent une série d'ingrédients qu'ils devront utiliser pour leur recette. Par exemple, dans la boîte il y a des poivrons, des tomates, du boeuf, du riz, du tabasco, et des fraises.
A ce stade, moi j'en suis à me dire après m'être creusé profond les méninges que je verrais bien une salade de tomates, du boeuf avec du riz, une salade de fraises, et du tabasco et des poivrons en déco sur la table.
Et l'autre pendant ce temps-là, il te sort un boeuf en croute de riz camarguais au cocktail tabasco/fraises.
C'est toi la croute, je dis devant mon écran mais pas trop fort pour qu'il entende pas.
Et pendant la pub, je vais dans la cuisine pour me préparer mon manger.
J'ouvre mon placard surprise, et j'y découvre les ingrédients.
C'est pas vraiment une surprise, pour être honnête, puisqu'il y a toujours les mêmes depuis 3 ans.
J'étale le tout sur mon plan de travail. Pâtes. beurre. Jambon fumé. Beurre. Sel. Poivre. Maquereau. On a toujours une boîte de maquereaux qui traîne au fond d'un placard.
J'observe, j'analyse, je réfléchis, et me vient une idée de génie.
Je vais faire cuire des pâtes dans l'eau, en ajoutant une pincée de sel pour assaisonner. Puis je vais ajouter des lamelles de jambon fumé que j'aurais coupé avec un couteau aiguisé. Je saupoudrerai de poivre pour donner du goût, et j'y ajouterai juste avant de dresser un noix de beurre sur le dessus.
Et ce n'est pas tout. En entrée je servirai les maquereaux à même la boîte, pour le côté nature et authentique. Mais ouverte, la boîte, pour le côté pratique et fonctionnel.
Le chef à qui dans ma tête j'explique mes intentions fait une moue d'approbation, et on sent bien dans son regard qu'il se dit qu'il a trouvé l'étoile montante de la gastronomie.
Je vis Masterchef, je tremble Masterchef, je pense Masterchef, je rêve Masterchef. Je suis Masterchef.
Maintenant vous comprenez pourquoi j'ai pas vraiment intérêt à mater des documentaires animaliers.