Tenez par exemple, l'autre jour : un des magazines pour lequel je travaille me commande un dossier : Le porno pour les femmes.
Car sache ma petite qu'il en est du sexe comme de tout le reste. C'est la tendance qui décide, la mode qui impose, et alors qu'hier t'étais has-been si t'avais pas de sextoy, aujourd'hui que t'en as plein les étagères (et ailleurs), t'es complètement ringard du pubis si tu ne regardes pas de porno.
Mais, et c'est là que ça se complique et qu'intervient mon rôle d'enquêtrice de l'extrême, pas n'importe quel porno. Du porno pour femmes.
Là je te vois dubitatif.
Je l'ai été, aussi, je te rassure.
Et comme toi, je me suis demandée ce que pouvait être un porno pour femmes.
Et ça tombe bien, parce que c'était ce en quoi consistait mon travail.
Comme à chaque fois que je me vois confier un dossier brûlant, j'ai commencé par une phase de réflexion introspective analytique spéculative chimiquement synchronisée.
J'ai réfléchi en fumant une clope, quoi.
Et j'en ai déduit que "du porno pour femme", il y avait pas 36 solutions. C'était soit une scène de dîner romantique avec demande en mariage au dessert. Soit un homme qui repasse à poil. Soit des femmes qui prennent leur pied avec leur épilateur électrique dans un dressing sur mesure.
Bien que déjà un peu émoustillée, j'ai quand même pris le temps de m'emparer de mon téléphone.
Et pas du tout pour ce que vous croyez.
Non en fait, j'ai juste appelé une experte en films X, pour lui demander une interview. J'ai laissé un message, et je suis allée en terrasse où, c'est bien connu, la réflexion introspective analytique spéculative chimiquement synchronisée est la plus efficace.
C'est une fois que je suis parvenue à me glisser entre deux badauds attablés que ladite experte s'est décidée à me rappeler.
J'aurais dû m'en douter, quand il s'agit de se glisser entre deux personnes, l'experte en X n'est jamais loin.
Alertée dans mon mail par le thème du dossier, je n'ai pas eu besoin de la titiller longtemps pour que la conversation prenne le tournant prévu. Au bout de 4 secondes elle me parlait d'érection, au bout de 10 d'éjaculation faciale et au bout de 27 de choses que je ne tairai pour éviter d'attirer en ce sacro-saint blog des gros dégueulasses from Google.
Et moi pendant ce temps-là je tournais la manivelle j'enfonçais mon portable profondément dans mon oreille (désolée pour la fausse joie) afin d'éviter que ces sons ne parviennent à celles de mes voisins de table.
Puis il a bien fallu un moment que j'ouvre la bouche, parce que c'est quand même le principe du porno de l'interview.
Et que je rebondisse sur ce qu'elle venait de dire.
Sans employer les mots qu'elle venait d'employer.
Et bah je peux vous dire que de faire comprendre "fellation" sans dire "sexe", "sucer", "préliminaire" ni "Zahia D", c'est du Taboo niveau expert +. D'autant plus que vous l'aurez compris j'avais pas le droit aux gestes.
Quand à bout de vocabulaire je devais me résigner à dire le mot interdit, l'autre méthode consistait alors à le prononcer très vite et tout bas. "Mais vous croyez que les femmes dans les films aiment aussi regarder des éjtions fciales ?
Du coup on a réussi à tenir une petite demie heure en parlant porno, fantasmes, et élections locales.
Faut croire que ma méthode est pas encore tout à fait au point.