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Il était une fois un portier de crèche, qui voulait se taper la terre entière.

Moi compris.

Moi inclus je veux dire. Parce que justement, moi pas compris du tout quelles étaient ses intentions.

Alors moi gentille, polie, bien élevée, souriante, comme on m’avait toujours appris à être, et bon public. Parce qu’il vaut mieux l’être, bon public, pour rire aux blagues à Rémi (oui, « à Rémi », tu as bien lu, c’est pour te mettre dans l’ambiance). Enfin, aux blagues… A LA blague. Celle qu’il a dû lire, un jour, dans Mickey Magazine, et qu’il a tellement kiffé qu’ill a eu hâte, pour la sortir, d’être au lendemain matin. Et à tous les autres lendemains de sa vie.

« A deux-pieds ». Voilà la blague. En réponse au « A demain », poliment adressé en franchissant la porte. Je vous avais prévenu, c’est tordant.

Surtout quand c’est tous les soirs. Sauf le vendredi, Dieu soit loué.

Au début,, je me contentais de rire. Enfin de sourire quoi, je vous mentirais si je vous disais que je manquais de me faire pipi dessus.

Et puis un soir, entre Rémi et moi, tout a dérapé.

Au lieu de lui dire « A demain », je suis parti en lui lançant « A 2 pieds hein ! ». Si ça vous fait pas rire plus que ça, c’est que vous avez pas le même humour que Rémi (et que rien que pour ça, je vous aime).

Parce que là, au Rémi, je vous dis pas l'effet que ça lui a fait. A peu près la même chose que si je m’étais léché le doigt et que je me l’étais passé sur le téton en le regardant droit dans les yeux avec un râle de plaisir. Aussitôt, il a eu une érection un sourire mi comblé mi salace.

Le lendemain, il s’était fait beau. Enfin il avait essayé quoi. Il avait mis du parfum, ou fait une bataille de déodorant à chiotte avec un pote, je sais pas.

Quand je suis arrivée, il a murmuré dans un rictus sourire : « Ah voilà ma petite chérie d’amour ». Le lendemain, j’étais son « ti cœur », et les jours d’après c’était l’un ou l’autre.

Au bout d’une semaine, il est passé au contact physique : une main (sur l’épaule hein, faut pas déconner), puis deux bras, puis un bisou sur les joues. Puis deux, puis trois.

Avant, il avait pris soin de m’impressionner, en valorisant sa vie professionnelle :

- « Je fais pas qu’ouvrir et fermer les portes de la crèche hein faut pas croire »

- « Ah ouf parce que je me disais aussi c’est quand même bien un travail de daube »

- « Je travaille à l’école primaire aussi »

- « Ah super (ton enthousiasme) et vous faites quoi ? »

- « Bah j’ouvre et je ferme les portes quoi ».

- « … » 

Un jour, alors que j’avais oublié d’enlever les sur-chaussures que tu enfiles pour entrer dans la crèche mais que tu dois penser à retirer à moins de passer pour un con dans tout le quartier, il m’a aidé à les retirer, et m’a glissé à l’oreille : « Je lui retirerai bien autre chose aussi… » (Oui, Rémi me parle à la 3ème personne du singulier)

Ca c’était avant qu’il me crie, du haut de la rue, alors que je rentrais, mon innocente fille sous le bras : « Il fait rien froid dis ! On se retrouve sous la couette ! »

Puis un jour, en en parlant à mon père qui m'a rassuré en me disant que le Rémi il devait juste s'offrir des plaisirs solitaires en pensant à moi, je me suis rendu compte que c’était pas bien normal d’avoir une boule d’angoisse dans le ventre à chaque fois que j’arrivais à la crèche, à l’idée de ses regards, ses remarques et ses léchouilles.

Alors le lendemain, je lui ai dit que je n’étais pas très bisoux.

Le surlendemain, il faisait la gueule. Malheureusement Rémi n’est pas très rancunier.

Et hier, je suis passée à l’étape suivante : « Camille, c’est mieux que mon ti cœur, quand même ».

J’aurais peut-être juste pas dû le dire avec un sourire.

Quand je suis repartie, regonflée par ma nouvelle audace, il m’a dit « Je suis rien content qu’elle m’ait donné son prénom ».

Et bah on est pas dans la merde.

Kmille, en mode tiens-ça-t’apprendra-à-être-polie 

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