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Si vous avez le teint éclatant, le cheveu léger, la dent blanche, l'haleine fraîche et la vie devant vous, retournez donc gambader dans les champs et chanter votre bonheur, ce billet ne vous concerne pas. 

Si vous avez le teint gris, le cheveu terne, l'haleine chargée et le cancer somnolent, ne partez pas. De toute façon, vue la description, vous n'avez probablement pas grand chose d'autre à faire. 

C'est bon ? 

Ah. 

On est bien entre moches fumeurs. 

Pas que je les aime pas, les autres, mais il y a des choses qu'ils ne peuvent pas comprendre. 

Comme l'horreur que j'ai vécue hier, dimanche donc, alors que je rentrais de week-end. 

J'avais moultes choses à faire, que j'entreprît avec la légèreté que confère une perspective agréable dans un futur proche, et l'efficacité que me procure dans ces cas-là mon éducation judéo-chrétienne qui veut que "chies-en un bon coup avant, le plaisir sera plus grand". 

Bientôt, mes bagages furent rangées, ma fille changée, nourrie et couchée. Beuglante, mais couchée. Et il est dans mes principes éducatifs de laisser pleurer un enfant quand on a très envie de s'en griller une et qu'on attend ça depuis des heures il cherche le sommeil. 

C'est donc la conscience tranquille et le coeur léger que j'ai, dans un effort ultime, porté la main à ma poche arrière de jean pour en extraire mon paquet de cigarettes. 

Qui n'y était pas. 

Putain. 

Pas plus que dans mon autre poche. 

J'ai tâté le reste de mon corps (oui je sais, j'ai de la chance), en vain. En sachant d'avance que c'était vain, d'ailleurs, parce que je mets rarement mes cigarettes dans mon soutien-gorge ou derrière mes genoux. 

Ne pas paniquer. 

Rester objective : je ne peux pas ne pas avoir de cigarettes, pour la bonne et simple raison que ça serait trop horrible. 

Refaire les trajets effectués depuis mon arrivée. Salon - chambre. Chambre - chiottes. Sambre - Chalon.

Putain, rien. 

Regarder dans le tiroir à bordel, tout en sachant très bien qu'on y trouve que du bordel dont on ne se sert jamais, mais surtout pas une cigarette quand ça pourrait nous sauver la vie. 

Revérifier dans les poches, au cas où elles seraient revenues. 

Regarder dans le congélateur au cas où sa porte se serait ouverte par inadvertance au moment-même ou le paquet aurait été catapulté par l'appui de mon pied sur une fourchette qui aurait traîné par là, éjectant ainsi le paquet entre deux bacs à glaçons, dont le léger mouvement auraient eu pour effet de refermer la porte. 

Rien. 

Respirer. 

Re-regarder dans le tiroir à bordel parce que bordel ça serait quand même logique d'y avoir laissé une cigarette de secours. 

Déjouer les lois les plus élémentaires de la physique en tâtant une nappe objectivement et désespérément plate au cas où le paquet se serait glissé dessous mais que ça serait invisible à l'oeil nu.

Se résoudre à arrêter de pleurer chercher.

Et aller chercher sa fille dans son lit, parce que c'est dans mes principes éducatifs de pas laisser pleurer un enfant. 

Lui proposer d'aller faire une petite promenade, tiens, pour prendre l'air. 

Kmille, en mode c'était-une-grande-promenade-finalement

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